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15 octobre 2020
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Crise sanitaire : est-ce vraiment le moment pour changer professionnellement ?

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« Envie de Changer », « Changer de vie , changer de métier », « 100 idées pour un nouveau départ » … les titres de la presse font ces temps ci la part belle au thème du changement, sous l'angle de la reconversion comme de la nouvelle vie tout court. 

Dans le contexte actuel de la crise sanitaire et de son impact direct sur la conjoncture économique, les aspirations au changement peuvent entrer en conflit avec la perception de risques accrus. Les annonces des autorités concernant l’augmentation du nombre de demandeurs d’emploi (plus de 900 000 en 2020), ou sur l’envol des plans sociaux (doublement des PSE en 6 mois à période comparable) ne peuvent qu’amplifier ces craintes collectives vis-à-vis du travail. Pour tous, il serait donc urgent de patienter avant de bouger.

Mais ces chiffres masquent une autre réalité qui n’est pas visible ou peu commentée : tous les secteurs, entreprises ou métiers ne subissent pas la crise de plein fouet, voire s’en sortent et la traversent avec un fort développement de leurs activités. La tendance globale de tout ralentissement économique ne dicte nullement une règle universelle de récession qui s’appliquerait partout. L’atrophie du marché de l’emploi ne signifie pas la disparition des opportunités professionnelles. Cette illusion d’optique est entretenue par notre rapport maladif aux chiffres.

La conséquence première de cet état d’esprit est qu’il nous entraîne dans le pessimisme et l’abattement : pour un nombre très important de personnes la réalité se résume à la récession, aux destructions d’emploi. Ce qui provoque un vaste mouvement d’inertie  et de peurs : des réflexes de protection personnelle pour ceux qui sont en poste, une crainte de rester durablement sans emploi pour les personnes en transition.

Pourtant, face à cette tendance lourde qu’aucune enquête ne peut mesurer, des personnes ne se désarment pas. Malgré les circonstances peu favorables du marché du travail, les reconversions, les départs au vert, même les démissions explosent par rapport à l’avant crise … Pourquoi ? Ces personnes n’ont elles aucune conscience des risques auxquels elles s’exposent ?

La raison est que lorsque les objectifs sont clairs, l’environnement ne constitue pas l’unique critère de décision d’action. Ce qui se vérifie sur le plan professionnel. L’audace de ces actifs repose sur la clarté de leurs motivations. Elles permettent de passer à l’action sans conditionner ce mouvement aux faveurs du marché de l’emploi. De nombreux cadres font ainsi aujourd’hui le choix de quitter leur poste parce qu’ils sont déterminés à contribuer positivement à la planète, que le système dans lequel ils ne reconnaissent plus soit en croissance, ou en retournement.

Conquérants pour les uns, suicidaires pour les autres, ces passages à l’acte du changement se concrétisent pour la majeure partie d’entre eux. Parce que dans un marché du travail qui se retourne, où les places sont plus rares, les candidats déterminés sont aussi moins nombreux. C’est une question d’équilibre des forces : le défi de la mobilité professionnelle n’est pas une question de statistiques limitées à l’offre d’emploi, mais bien plus un enjeu de rapport qualitatif de cette offre avec la demande. Pour les cadres et diplômés du supérieur, l’équation est systématiquement vérifiée.

Est ce donc pour vous le moment de changer professionnellement ? La réponse est simple : elle ne réside pas dans les données de l’emploi, dans les courbes du PIB, mais elle réside en vous et la clarté de vos motivations de carrière. Soit vous traversez un moment de doute et vous avez pas véritablement besoin de changer. Dans ce cas l’hésitation prend le dessus, et le mieux sera certainement de préserver votre situation dans l’attente de conditions plus favorables. Autre hypothèse : vous savez clairement ce que vous voulez pour votre carrière, vous pouvez donc vous engager dans le changement, aujourd’hui, sans retenue, avec pragmatisme pour aller au devant des opportunités de notre environnement de crise.

 

Laurent Polet est Professeur en Management à l’Ecole CentraleSupélec, et DG Fondateur de Primaveras, www.primaveras.fr l’Ecole du Sens au Travail spécialisée dans les choix de carrière à fort enjeu. Il préside également Le Réseau Primaveras, association francilienne active dans l’insertion de ces en quête de sens.



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