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Interview Marc CIAIS, Promo 2003, Alumni et Responsable de la filière Transports Guidés à l'ESTACA

05 juin 2024 Réseau
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Face aux enjeux de décarbonation des transports et les investissements majeurs prévus dans les années à venir pour la filière ferroviaire, il faut former davantage d’ingénieurs pour répondre aux défis du secteur. L’ESTACA est la seule école française à proposer une formation dédiée sur quatre ans : cours assurés par des ingénieurs des grandes entreprises du ferroviaire, nombreux projets pour mettre en œuvre concrètement ses compétences, douze mois de stage auprès des grands acteurs du monde ferroviaire… Marc Ciais, responsable de la filière, explique les objectifs de la formation, ses modalités pédagogiques et les évolutions à venir pour s’adapter aux changements en cours.

Quels sont les sont les objectifs de la formation Ingénieur Ferroviaire ?

Notre objectif est qu’à la sortie de l’Ecole un diplômé, qui arrive dans un train, sur un projet de construction d’un atelier de maintenance, sur des travaux de régénération en ligne ou dans un centre opérationnel, comprenne exactement ce qui se passe autour de lui, qu’il soit capable d’appliquer les méthodes d’ingénieur pour optimiser, résoudre les problèmes, modéliser les solutions et les appliquer. En plus des compétences d’ingénieurs, nous cherchons à les préparer au maximum au contexte de l’exercice de leur métier.

Nous formons aussi les étudiants à l’exercice de la réponse à un appel d’offre dans le cadre de leur 4e année de formation : ils se retrouvent par équipe durant une année entière en compétition pour répondre à un appel d’offre sur un marché public fictif d’offre de transport ferroviaire. En dernière année, nous complétons le cursus avec des cours d’ouverture, par exemple sur les relations interpersonnelles, les facteurs organisationnels et humains pour leur donner du recul sur le savoir-être de l’ingénieur.

La formation ne vise donc pas à en faire des spécialistes d’un domaine spécifique mais plutôt des ingénieurs polyvalents dans tous les sous-systèmes du ferroviaire.

Quelles sont les spécificités de la formation ?

Nous formons nos ingénieurs depuis la phase de conception, jusqu’à l’exploitation opérationnelle des systèmes, aussi bien sur les éléments de l’infrastructure, de la circulation ferroviaire que du matériel roulant. On aborde les composantes du système ferroviaire, tout en étudiant les interfaces entre ces sous-systèmes, qui vont généralement être la source des problèmes, donc du travail de l’ingénieur.

C’est une formation technique et appliquée : nos ingénieurs sont appréciés pour leur capacité à être opérationnels immédiatement sur leur poste et faire preuve de pragmatisme dans leur raisonnement. Elle est totalement assurée par des ingénieurs du secteur ferroviaire en activité, avec une forte implication des groupes SNCF et ALSTOM, mais aussi HITACHI, EGIS, TRANSDEV, etc. Sur les 400 heures de cours dédiés à la filière, près de 100 h sont des travaux pratiques, soit à l’école sur le matériel interne (véhicule léger ou simulateur), soit sur le terrain. Nous avons par exemple été récemment, grâce à SNCF Voyageurs, au Technicentre Est-Européen à Pantin avec les étudiants de 4e année, dans le cadre du module de cours architecture système train. Être dans une motrice de TGV est dix fois plus efficace et rapide pour faire comprendre le fonctionnement d’un élément qu’un cours sur les bancs de l’Ecole car l’étudiant le voit fonctionner et le visualise dans son environnement.

En plus des travaux pratiques, la formation comporte au moins six projets d’application réalisés pendant le cursus :

  • des projets d’ingénierie où l’étudiant apprend à mettre en œuvre, dimensionner des éléments du système ferroviaire en laissant une large place à l’innovation. Des étudiants travaillent par exemple sur un TER mixte voyageurs marchandises, un TGV de nuit européen couchettes, automotrice dédiée au ferroutage, un tramway cargo pour le transport de marchandises en environnement urbain, etc.
  • des projets techniques transverses où l’étudiant apprend à challenger ses acquis techniques et à se positionner dans des projets globaux de construction, rénovation de ligne, ou de réponse à appel d’offre.
  • des projets industriels proposés et encadrés par des entreprisses : SNCF Voyageurs, COLASRAIL, TSO, TRACTEDIS, SIEMENS, etc.

Les étudiants ont également la possibilité de développer des innovations et de les expérimenter sur un véhicule léger, construit par les étudiants eux-mêmes ces deux dernières années. Ces nouveaux concepts sont ensuite testés en ligne, dans les mêmes conditions de circulation que les cyclo draisines (ou fameux vélorails).

Une spécificité importante est que nous rassemblons à l’ESTACA de vrais passionnés du ferroviaire. Beaucoup de nos étudiants ont choisi cette école car ils ont rêvé de train depuis qu’ils sont enfants. On s’appuie donc aussi sur cet enthousiasme et il y a une vraie émulation entre eux pour développer leurs connaissances sur le domaine. Ils organisent entre eux des visites de sites, des conférences, des projets techniques (notamment à travers l’association Guided Ways) qui sont très complémentaires de ce qu’ils apprennent en cous.

 

Comment la formation s’adapte aux enjeux à venir dans le ferroviaire ?

Les besoins d’innovation et de développement sont nombreux pour continuer à développer la filière dans le contexte de la transition écologique. Il faut renouveler les infrastructures, moderniser les réseaux, développer l’offre de fret (alternative aux transports de marchandises routiers), avancer sur le train autonome et développer l’automatisation. L’innovation est aussi nécessaire sur les énergies et les motorisations avec la fin des trains au diesel programmée pour 2050. Enfin, n’oublions pas les enjeux à l’international, l’expertise ferroviaire française s’exporte très bien et le marché aujourd’hui est à l’échelle mondiale (40% du Chiffre d’affaires du Groupe SNCF se fait par exemple aujourd’hui à l’étranger). Les ingénieurs doivent donc être prêts à relever l’ensemble de ces défis, en étant prêt à innover pour développer de nouvelles technologies, à s’adapter à un monde en pleine évolution dont nous ne connaissons pas aujourd’hui tous les enjeux, et donc savoir travailler dans un monde multiculturel pour partir travailler hors de nos frontières.

La formation est vraiment conçue avec les acteurs du monde ferroviaire. En tant qu’ingénieur au sein du Groupe SNCF, je suis en contact constant avec les besoins du terrain, c’est le cas de la majorité des intervenants qui enseignent à l’ESTACA. Nous nous appuyons aussi sur les retours d’anciens diplômés qui travaillent dans la filière et sont les premiers vecteurs d’information. Ils nous remontent les cours qui leur servent le plus, ceux sur lesquels il faut aller plus loin, les projets qui vont se développer et nécessiter davantage de compétences. Ils nous incitent notamment à aller toujours plus sur le terrain, continuer à développer le côté système, pragmatique et technique de la formation. Par ailleurs, de manière plus institutionnelle, pour se projeter sur le long terme, un Conseil Stratégique dédié au ferroviaire rassemble régulièrement les grands représentants de l’industrie pour qu’ils donnent leur vision sur l’évolution des compétences dont ils auront besoin.

 

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